30 000€ pour rien ?
Un état parasitaire pas comme les autres, réalisé dans une maison du centre-ville de Caen,
Le propriétaire avait déjà fait intervenir une entreprise à la suite de l’apparition d’un champignon lignivore. Sans prélèvement ni identification en laboratoire, le diagnostic posé avait été celui de la mérule. Résultat : traitement par injection de biocide dans les murs, sur environ 50 % de la maison.
Quelques mois plus tard, le problème réapparaît. L’entreprise intervient une seconde fois. Bilan : environ 30 000 € de travaux et de traitements, à raison de deux interventions à 15 000 €.
Six mois après, je réalise à mon tour un état parasitaire dans le cadre de la vente du bien. Dans la cave, plusieurs zones de murs avaient bien été traitées. Mais certaines palettes en bois, directement posées sur la terre battue, étaient toujours présentes. Elles n’avaient visiblement pas été déplacées, malgré un contact avec un sol humide et une pourriture cubique déjà bien avancée. Et sous l’escalier, dans une zone peu ventilée, je découvre des traces de mycélium, d’exsudat et un début de fructification.
Je prélève pour analyse direction chez Victor SABET. Et surprise : ce n’est pas de la mérule. L’analyse identifie un Coniophora puteana et non Serpulas lacrymans !
Cette découverte soulève plusieurs questions importantes :
Le champignon présent aujourd’hui est-il celui qui était à l’origine du problème ? Si oui, les 30 000 € de traitements réalisés précédemment étaient-ils adaptés à l’espèce réellement présente ?
Un diagnostic de mérule peut-il raisonnablement être posé uniquement sur la base de photographies et d’une observation visuelle, sans prélèvement permettant une identification fiable ?
Et surtout, comment expliquer que des bois fortement dégradés, en contact direct avec une terre battue humide, aient été laissés en place ?
Aujourd’hui, le propriétaire souhaitait simplement vendre sa maison en faisant les choses correctement : réaliser un état parasitaire avant la vente.
Il se retrouve finalement avec 30 000 € de traitements déjà engagés, un champignon lignivore toujours présent dans la cave et de nouvelles interrogations sur les travaux réalisés. Ce cas rappelle une chose essentielle : face à un champignon lignivore, l’identification précise de l’espèce, l’analyse des conditions favorables à son développement et le traitement de la cause sont indissociables.
Et parfois, un prélèvement à quelques dizaines d’euros peut éviter des milliers d’euros de mauvaises décisions.
Affaire à suivre…
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