Mérule pleureuse en cave : analyse d’un développement fongique lors d’un diagnostic état parasitaire
Lors d’un récent diagnostic état parasitaire réalisé dans une cave, j’ai pu observer un développement actif de mérule pleureuse (Serpula lacrymans), champignon lignivore parmi les plus redoutés dans le bâti ancien.
La cave réunissait plusieurs facteurs favorables :
– humidité persistante, – ventilation insuffisante, – présence de bois en contact ou à proximité immédiate de maçonneries humides, – absence de traitement préventif antérieur identifiable.
Sur site, les manifestations étaient caractéristiques : mycélium blanc cotonneux en nappe, cordons mycéliens bien formés progressant sur la maçonnerie, zones plus épaisses laissant présager une activité soutenue. Pour rappel, ces cordons (ou rhizomorphes) permettent au champignon de transporter l’eau et les nutriments, lui offrant une capacité de propagation vers des matériaux bois pourtant non directement exposés à une source d’humidité.
D’un point de vue mécanique, l’attaque est insidieuse. La mérule provoque une pourriture cubique :
– dégradation de la cellulose, – perte de cohésion interne du bois, – fissuration en cubes, – effondrement progressif des propriétés mécaniques.
Le bois peut conserver une apparence superficiellement correcte, tout en ayant perdu une part significative de sa résistance structurelle. C’est souvent à ce stade que l’on comprend que l’ennemi travaillait depuis un certain temps.
Un point essentiel à rappeler : la mérule ne se limite pas au bois. Elle peut traverser les maçonneries via les joints et fissures pour atteindre de nouveaux supports lignocellulosiques. La présence visible n’est donc pas nécessairement le périmètre réel de contamination.
Ce type de situation illustre parfaitement l’intérêt du diagnostic état parasitaire :
– identifier les indices biologiques, – évaluer l’étendue potentielle de la colonisation, – alerter sur les facteurs structurels favorisant le développement (humidité, ventilation, ponts organiques), – orienter vers des investigations et traitements adaptés.
En matière de pathologie du bâtiment, la mérule n’est jamais un simple désordre esthétique. C’est un indicateur d’un déséquilibre hygrométrique durable et d’un risque structurel potentiel.
Dans l’environnement discret d’une cave, elle trouve souvent un terrain d’expression idéal. Et lorsqu’elle devient visible, c’est généralement qu’elle est déjà bien installée.